« Onni » soit qui en âge avance…
Il y a des choses qu’il faut savoir assumer en Corée. Par exemple se faire traiter de « onni » par sa prof, et devant tous les élèves, de surcroit !
Rassurez-vous, ma chère saunsengnim ne me voulait aucun mal, seulement me signifier son respect, eu égard, non à mes performances scolaires !, mais à mon âge canonique, si on le compare à la moyenne de la classe.
Me voici donc « grande sœur », depuis cette séance mémorable où il fallut dénombrer année, mois et jour de naissance, puis âge, sans confondre les 2 systèmes de comptage en vigueur dans la langue coréenne.
Depuis, j’ai souvent entendu des femmes s’interpeller ainsi. Ce qualificatif de « grande sœur » ou « grand frère » n’est pas qu’un simple surnom. Il fait partie du système complexe des « honorifiques ». Ce langage, différencié selon la personne à qui l’on s’adresse, traduit la complexité des rapports hiérarchiques. C’est un des traits de la société coréenne qu’il faut bien essayer de connaître un peu si l’on veut pénétrer sa culture.
Difficile de s’y retrouver lorsque l’on est étranger et que l’on ne comprend pas la langue.
Mais si j’en juge par les fous rires de mes amies, j’ai déjà commis pas mal de « gaffes », en confondant les formules.
Donc, pas question de s’adresser à une amie comme à sa mère. Un peu comme « salut » et « bonjour » en français. Mais cela concerne aussi le nom, l’âge, le métier, la façon de désigner le riz ! et toutes sortes d’autres choses, différentes prépositions et les conjugaisons.
A titre d’anecdotes, voici celle racontée par Michel Malherbe dans son passionnant livre sur l’apprentissage du coréen :
« en coréen , la façon de s’exprimer dépend obligatoirement de la position sociale des interlocuteurs, celui qui parle, celui à qui l’on parle, celui dont on parle. Le respect de la forme employée est impératif, et beaucoup plus important que l’emploi du tutoiement ou de vouvoiement en français. Ainsi, si un neveu est plus âgé que son oncle, ce qui peut exceptionnellement se produire, le système est pris en défaut et les personnes dans ce cas sont pratiquement dans l’impossibilité de se parler »
Ou encore, ce que nous racontait récemment un prêtre de Séoul : selon qu’un religieux se présente comme « frère » ou comme « père » (c'est-à-dire prêtre), son interlocuteur adoptera une attitude très familière ou très respectueuse. Il faut dire que le prêtre est ici très considéré, comme toute personne ayant étudié. C’est la tradition « lettrée » qui prend ici le dessus.
Ce système des honorifiques est sans doute un des derniers bastions du système confucianiste.
Et s’il vacille, comme le reste des codes sociaux, il sera quand même au programme de mon cours semestriel, alors que nous avons à peine appris à demander notre chemin dans la rue !
Demain soir, à Daegou, je veillerai donc à ne pas souhaiter une bonne nuit à mon amie de la même façon qu’à son fils. J’ai déjà fait cette « erreur » et suis sûre qu’ils en en rient encore !
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