dimanche 1 juin 2008

Pollution

Vendredi 30 mai : ce matin, le soleil annoncé par la météo disparaît derrière une brume blanchâtre qui recouvre toute la ville. Le pic sur le site de surveillance atteint des sommets et une rumeur de fermeture du lycée pour la journée commence à circuler.

En partant rejoindre le métro, je distingue à peine les immeubles blancs du chantier voisin sur le ciel de craie. Au-dessus du fleuve, les montagnes forment de vagues ombres dans un nuage opaque et épais.

Les gens ne paraissent pas s’inquiéter de cet étrange paysage. Et surtout, les masques ne sont pas plus portés que d’habitude. J’ai décidément du mal à comprendre l’usage de cet accessoire facial .


Dans la rue d’Itaewon, très fréquentée en ce vendredi de printemps, des particules blanches flottent dans l’air. De quoi s’agit-il exactement ? je n’en sais rien, mais ce ne doit pas être très bon pour la santé tout ça !


Enfin , comme à tout le reste on s’y fait. Mais ce n’est pas aujourd’hui que je commencerai ma série de ballades en vélo, sans cesse remises, le long du fleuve Han.

En attendant une amélioration de la météo, je pourrai toujours faire du sport dans l’une des innombrables salles de fitness et piscines de la ville. Avec le souci qu’ont les coréens de leur forme physique, le sport en salle a de beaux jours devant lui.


Pour réparer mon dos cassé depuis quelques semaines, j’ai choisi les services d’un chyropractor. Son équipement ultra-moderne et ses gestes sûrs ont tôt fait de me remettre d’aplomb. J’en profite aussi pour me faire l’oreille à l’anglais prononcé avec l’accent coréen.


Encore une fois la qualité est au rendez vous dans ce service de soins. C’est la même chose avec les soins dentaires et de kyné pour les enfants. A Séoul, la qualité se paye cher mais me parait pour le moment irréprochable.


La plupart des médecins se sont formés aux Etats-Unis. C’est la voie rêvée pour les étudiants les plus ambitieux, dont les familles se sacrifient parfois pour les envoyer à l’étranger. Au moins, au retour, sont ils sûrs de trouver du travail !

Femmes…

Dans le cabinet de chyropractie du Dr Jeong, je retrouve Mee Ra. Elle pratique le massage et travaille avec lui.

Je l’avais rencontrée pour expérimenter sa pratique du Reiki, méthode japonaise de circulation des énergies.

Mee Ra est venue s’installer en Corée, son pays d’origine, il y a 5 ans. Elle est aussi française par sa famille qui l’a adoptée quand elle était petite.


Ici, elle a découvert le Reiki, s’y est formée et le pratique. Elle s’est aussi passionnée pour la musique coréenne et les échanges entre musiques de différents pays. Ce soir, nous irons écouter ses amis à la soirée qu’elle organise pour son départ en France. La voilà en effet prête à tenter une nouvelle aventure : nouvelle vie, nouveau métier, nouvelles relations à bâtir. J’admire son énergie et sa confiance, qu’elle affiche avec beaucoup de sérénité.


En elle, je retrouve des points communs à la plupart des femmes que j’ai rencontrées depuis mon arrivée ici.

Que ce soit la nouvelle génération des battantes pour réussir professionnellement, les« jubu », qui se consacrent principalement à leur maison et à leurs enfants, jusqu’aux plus âgées qui reprennent souvent un commerce ou un restaurant, après avoir élevé leurs enfants, toutes m’apprennent chaque jour quelque chose, et les derniers préjugés que j’avais sur « la femme coréenne, soumise et muette » ont sombré depuis longtemps.


Derrière les mises en plis impeccables, les visages impassibles et parfois résignés, j’ai trouvé des tempéraments de feu, des femmes d’affaire redoutables, des puits de culture, souvent de grandes artistes, une générosité sans limite et une solidarité très forte entre elles.

Dans un travail sur la volonté avec le groupe "Vittoz" de Daegou, elles ont exprimé ce que voulait dire pour une femme d’ici la mise en œuvre de sa volonté : s’opposer parfois à son mari ou sa famille pour s’épanouir et élever ses enfants, prendre en main une affaire à un âge avancé, travailler sans relâche pour réussir dans la musique ou la peinture, se soutenir les unes les autres, porter l’organisation des paroisses, et surtout croquer la vie à belles dents, comme dans ces repas de fruits de mer où les pinces de crabes sont décortiquées à pleines mains, vidées, plongées dans le piment pur, et avalées en riant fort.

On les surnomme parfois « saintes », « mères courages ». Je ne saurais les qualifier autrement que par la sympathie et l’admiration qu’elles m’inspirent, mais surtout par le fait que je ne m’ennuie jamais avec elles !

Train...

26 mai : Je voyage entre Séoul et Daegou, pour une dernière rencontre avec le groupe « Vittoz ».

Le train est bien rempli. A l’intérieur du wagon, une vie s’installe. Frémissements. Mouvements de l’air, des corps. Odeurs pimentées.

Pendant deux heures, je partage la vie de ces personnes de tous âges. A la toux grasse du vieux monsieur derrière moi répond le babillage d’un petit enfant. Les mélodies des portables résonnent d’un bout à l’autre de la rame : voix enjouées de femmes ou plus grave d’un homme d’affaire. L’ambiance est studieuse en ce lundi matin. Entre Séoul et Daejon, la quatrième ville du pays, il n’y a qu’une heure de KTX (notre TGV). Beaucoup de personnes font la navette régulièrement. Mon voisin corrige des copies de maths.

Les coréens profitent souvent de voyages pour faire un repas puis piquer un somme. Odeurs et ronflements animent ainsi souvent mes trajets.

A cette heure avancée de la matinée, un afflux d’odeurs envahit le wagon : ginseng reconnaissable entre tous, huile de sésame des kimbab (riz farci de légumes et de viande, enroulé dans une feuille d’algue). Le piquant du kimchi relève le tout.

Par la fenêtre, le paysage défile. J’aperçois un bâtiment peint en bleu, blanc, rouge. Puis un village surmonté d’un clocher. Je me croirais presque en France, s’il n’y avait à perte de vue l’étalage des rizières.

Elles ont récemment été mises en eau et le riz, repiqué. Après l’hiver, dominé par le gris et le brun, la campagne coréenne s’est transformée en une mosaïque de miroirs hérissés de petites pointes vertes. Par ci, par là, on aperçoit une silhouette penchée , les pieds dans l’eau.

Dans les rares plaines, les rizières sont disposées en damiers. Sur les pentes, c’est un agencement de courbes, qui soulignent les reliefs de ce pays montagneux.

Parfois, les rizières baignent les pieds des immeubles. La ville est proche…

Les habitants de ces appateux (appartements), pourront ils contempler un aussi joli paysage dans quelques années? Rien n’est moins sûr.

Une journée au paradis

Mardi 8 avril : dernière rencontre avec le groupe « Vittoz » de Daegou.

L’une des dames du groupe nous a invitées à venir passer la journée chez elle, dans la campagne des environs.

Nous nous retrouvons à 8h devant le centre, dans lequel ont eu lieu les 9 rencontres autour de la méthode Vittoz. Deux fois par mois, je suis venue leur expliquer en quoi consiste cette méthode, et surtout leur faire pratiquer les exercices du Dr Vittoz.

Avec nos différences de langue, la compréhension et l’échange ne pouvaient se faire que par interprète. C’était un véritable défi à la communication spontanée et ajustée en temps réel que requiert la pratique de la méthode. Il fallait y croire ! et c’est bien parce que d’autres personnes y ont cru plus que moi que nous sommes arrivées à dépasser cet obstacle.

Il y a d’abord eu la confiance de mon amie Sabina, coréenne religieuse en France, qui m’a mise en contact avec le centre de thérapie à Daegou. Puis l’engagement des participantes, dont je me suis souvent demandé pourquoi elles s’étaient inscrites ! Enfin, la patience et l’énergie de l’interprète, avec laquelle nous avons ajusté tous les textes de nos interventions mot à mot.

Et nous sommes arrivées à cette journée tant espérée du 8 avril, clôturant une expérience souvent déconcertante mais de plus en plus passionnante.

A la chaleur humaine de ces quelques heures s’est ajoutée celle du soleil printanier, éclairant délicieusement une campagne fraîchement recouverte de touches roses et blanches. « Cherry blossom » n’est pas une exclusivité japonaise. Le printemps coréen a de quoi émerveiller les plus résistants à l’hiver si austère et long de c e pays.

En quelques jours, les derniers flocons de neige se transforment en pétales tourbillonnants, sur lesquels on marche comme sur un tapis. Les villes prennent une tonalité « layette » et la campagne redevient douce et accueillante.

C’est le moment des excursions en plein air. Ce que nous avions donc prévu pour clore cette année tournée vers les sens.

En une heure, nous avons atteint Sang Ju, petite ville nichée au cœur de la Corée du sud.

Dans cette partie du pays, les montagnes font place à de larges vallées. C’est une région agricole aux reliefs plus doux que dans le nord.

En ce début de printemps, la vie a repris dans les champs. Les rizières sont prêtes à être ensemencées. Chaque parcelle est utilisée, du bord des rivières aux pieds des montagnes. Dans quelques mois, la Corée noire de l’hiver aura disparue sous la verdure crue des pousses de riz et les feuillages des forêts sur les pentes environnantes. Seuls les toits des maisons traditionnelles contrasteront par leurs couleurs sombres, et on verra mieux leurs bords recourbés comme des ailes.

Myeong Hae nous attend à l’entrée de sa maison. Celle-ci a été construite il y a 12 ans dans le plus pur style traditionnel coréen. Seules les fenêtres coulissantes, jadis couvertes de papier huilé, sont fermées par des vitres.

Nous entrons dans la pièce principale, après nous être déchaussées, et nous asseyons par terre, autour de la table en bois. Sur celle-ci sont déjà disposés vaisselle et ustensiles pour le thé, ainsi qu’une grande assiette de gâteaux de riz multicolores . Ils sont exceptionnellement doux et fondants, ni gluants, ni fades. Exactement comme je les aime !

A genoux devant une petite table, Myeong Hae prépare un thé au lotus. Une boisson rare et raffinée que nous prendrons le temps de savourer.

Dans un grand bol, elle déploie les pétales de la fleur, puis verse doucement des louches d’eau chaude jusqu’à la recouvrir complètement. Après quelques minutes d’infusion, nous savourons ce nectar au goût de paradis…

Oui, vraiment, un raffinement existe bel et bien dans la culture coréenne, aux abords parfois rudes et déconcertants pour beaucoup de mes compatriotes. Grâce à cette expérience inédite avec les femmes de Daegou, je découvre ces milles subtilités qui rendent les us et coutumes d’ici si intéressants à découvrir, et à goûter… !

Et cette journée fur particulièrement généreuse en la matière : après le thé, suivi d’un déjeuner « royal » ! , nous nous sommes promenées dans un parc rempli d’azalées fraîchement fleuri. Un groupe de personnes âgées profitaient gaiement du renouveau printanier. Les femmes portaient des fleurs dans les cheveux et se « gondolaient » littéralement, en se racontant des histoires…d’hiver sans doute. Elles avaient pris place sur une plate forme couverte , comme on en trouve partout en Corée, lieu de rassemblement, d’exercices sportifs, et de partage du thé, pour tous ceux qui aiment être dehors, ou dont le logement est trop exigüe !

Nous avons terminé par la visite du magasin de céramiques de Myeong Hae. La céramique en Corée, c’est tout art sur lequel je reviendrai. Plusieurs festivals lui sont consacrés et les magasins branchés du quartier des arts de Séoul arborent des pièces rivalisant de beauté.

C’est un art très dynamique, créatif tout en restant attaché à une certaine tradition. Il est en tous cas reconnu dans le monde entier.

Moi qui n’avais pas une grande passion pour la vaisselle, voilà que je me pâme devant des tasses et des bols. Mais les prix m’empêchent d’y toucher. Réceptivité visuelle uniquement !

C’est par un trajet inédit, en bus, que j’ai terminé cette journée.

Dans la lumière dorée de cette première journée de printemps, les tombes des ancêtres recueillaient les derniers rayons du soleil. Chaque talus exposé est, ouest ou sud abrite ainsi une ou plusieurs tombes que l’on reconnaît au petit tumulus herbeux, parfois surmonté d’une stèle, et toujours parfaitement entretenu.