Mardi 8 avril : dernière rencontre avec le groupe « Vittoz » de Daegou.
L’une des dames du groupe nous a invitées à venir passer la journée chez elle, dans la campagne des environs.
Nous nous retrouvons à 8h devant le centre, dans lequel ont eu lieu les 9 rencontres autour de la méthode Vittoz. Deux fois par mois, je suis venue leur expliquer en quoi consiste cette méthode, et surtout leur faire pratiquer les exercices du Dr Vittoz.
Avec nos différences de langue, la compréhension et l’échange ne pouvaient se faire que par interprète. C’était un véritable défi à la communication spontanée et ajustée en temps réel que requiert la pratique de la méthode. Il fallait y croire ! et c’est bien parce que d’autres personnes y ont cru plus que moi que nous sommes arrivées à dépasser cet obstacle.
Il y a d’abord eu la confiance de mon amie Sabina, coréenne religieuse en France, qui m’a mise en contact avec le centre de thérapie à Daegou. Puis l’engagement des participantes, dont je me suis souvent demandé pourquoi elles s’étaient inscrites ! Enfin, la patience et l’énergie de l’interprète, avec laquelle nous avons ajusté tous les textes de nos interventions mot à mot.
Et nous sommes arrivées à cette journée tant espérée du 8 avril, clôturant une expérience souvent déconcertante mais de plus en plus passionnante.
A la chaleur humaine de ces quelques heures s’est ajoutée celle du soleil printanier, éclairant délicieusement une campagne fraîchement recouverte de touches roses et blanches. « Cherry blossom » n’est pas une exclusivité japonaise. Le printemps coréen a de quoi émerveiller les plus résistants à l’hiver si austère et long de c e pays.
En quelques jours, les derniers flocons de neige se transforment en pétales tourbillonnants, sur lesquels on marche comme sur un tapis. Les villes prennent une tonalité « layette » et la campagne redevient douce et accueillante.
C’est le moment des excursions en plein air. Ce que nous avions donc prévu pour clore cette année tournée vers les sens.
En une heure, nous avons atteint Sang Ju, petite ville nichée au cœur de la Corée du sud.
Dans cette partie du pays, les montagnes font place à de larges vallées. C’est une région agricole aux reliefs plus doux que dans le nord.
En ce début de printemps, la vie a repris dans les champs. Les rizières sont prêtes à être ensemencées. Chaque parcelle est utilisée, du bord des rivières aux pieds des montagnes. Dans quelques mois, la Corée noire de l’hiver aura disparue sous la verdure crue des pousses de riz et les feuillages des forêts sur les pentes environnantes. Seuls les toits des maisons traditionnelles contrasteront par leurs couleurs sombres, et on verra mieux leurs bords recourbés comme des ailes.
Myeong Hae nous attend à l’entrée de sa maison. Celle-ci a été construite il y a 12 ans dans le plus pur style traditionnel coréen. Seules les fenêtres coulissantes, jadis couvertes de papier huilé, sont fermées par des vitres.
Nous entrons dans la pièce principale, après nous être déchaussées, et nous asseyons par terre, autour de la table en bois. Sur celle-ci sont déjà disposés vaisselle et ustensiles pour le thé, ainsi qu’une grande assiette de gâteaux de riz multicolores . Ils sont exceptionnellement doux et fondants, ni gluants, ni fades. Exactement comme je les aime !
A genoux devant une petite table, Myeong Hae prépare un thé au lotus. Une boisson rare et raffinée que nous prendrons le temps de savourer.
Dans un grand bol, elle déploie les pétales de la fleur, puis verse doucement des louches d’eau chaude jusqu’à la recouvrir complètement. Après quelques minutes d’infusion, nous savourons ce nectar au goût de paradis…
Oui, vraiment, un raffinement existe bel et bien dans la culture coréenne, aux abords parfois rudes et déconcertants pour beaucoup de mes compatriotes. Grâce à cette expérience inédite avec les femmes de Daegou, je découvre ces milles subtilités qui rendent les us et coutumes d’ici si intéressants à découvrir, et à goûter… !
Et cette journée fur particulièrement généreuse en la matière : après le thé, suivi d’un déjeuner « royal » ! , nous nous sommes promenées dans un parc rempli d’azalées fraîchement fleuri. Un groupe de personnes âgées profitaient gaiement du renouveau printanier. Les femmes portaient des fleurs dans les cheveux et se « gondolaient » littéralement, en se racontant des histoires…d’hiver sans doute. Elles avaient pris place sur une plate forme couverte , comme on en trouve partout en Corée, lieu de rassemblement, d’exercices sportifs, et de partage du thé, pour tous ceux qui aiment être dehors, ou dont le logement est trop exigüe !
Nous avons terminé par la visite du magasin de céramiques de Myeong Hae. La céramique en Corée, c’est tout art sur lequel je reviendrai. Plusieurs festivals lui sont consacrés et les magasins branchés du quartier des arts de Séoul arborent des pièces rivalisant de beauté.
C’est un art très dynamique, créatif tout en restant attaché à une certaine tradition. Il est en tous cas reconnu dans le monde entier.
Moi qui n’avais pas une grande passion pour la vaisselle, voilà que je me pâme devant des tasses et des bols. Mais les prix m’empêchent d’y toucher. Réceptivité visuelle uniquement !
C’est par un trajet inédit, en bus, que j’ai terminé cette journée.
Dans la lumière dorée de cette première journée de printemps, les tombes des ancêtres recueillaient les derniers rayons du soleil. Chaque talus exposé est, ouest ou sud abrite ainsi une ou plusieurs tombes que l’on reconnaît au petit tumulus herbeux, parfois surmonté d’une stèle, et toujours parfaitement entretenu.
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