mardi 11 novembre 2008

Temple Stay ou les 108 salutations à 4h du mat'


C'est en enfilant la tenue de rigueur : pantalon bouffant gris, tee-shirt et gilet gris, que nous nous sommes vraiment sentis dans l'ambiance... Deux jours au rythme de la vie d'un temple bouddhiste pour en goûter l'essentiel, tel était le programme de ce week end de novembre, parfaitement orchestré par Myung Suk.
Sur l'île de Gwangwa-Do, à 2 pas de la Corée du nord, ...

Levés à 3h30 du matin, nous marchons dans la nuit jusqu'au temple, en suivant des lanternes colorées, comme des lunes pastel.
Nous nous éveillons peu à peu sous un plafond de lotus roses et dans une odeur d'encens. La voix des moines, le rythme de la percussion et le mouvement des salutations nous font réellement passer du sommeil à un éveil propice à la méditation qui suit.


Jamais je n'aurais cru tenir avec l'esprit aussi clair, sans bouger, pendant 30 mns à 5 heures du matin, sans avoir ni dormi assez, ni pris de petit déjeuner!
La promenade puis le repas "reconstituant" (kimchi oblige!) servi à 6h mettent tout le monde en forme pour la longue journée qui va suivre. Elle se terminera pour moi à 23h30, en pleine forme !

Expérience physique donc, mais aussi mentale par l'entraînement à la méditation. En l'occurence, il s'agissait de faire le vide dans son esprit, pour "dompter le singe qui n'arrête pas de sauter dans notre tête". J'aime cette image qui illustre ce que Vittoz appelle le "vagabondage cérébral", et qu'il nous propose de contrôler, non par le vide mais par la réceptivité à partir des 5 sens.


Ce qui m'a frappée, c'est l'équilibre des rythmes proposés : prière, avec le corps puisque l'on chante et salue, méditation, marche, repas. Une alternance bien pensée pour entraîner et unifier le corps et l'esprit. Cette vie semble bien convenir à ces moines accueillants, dont le visage, comme tous ceux de leurs "confrères" rencontrés dans nos voyages, parait pétri d'un mélange ineffable de sagesse et de bonté.

J'aime aussi la configuration du temple bouddhiste en Corée. Non pas un espace clos, ceint de murs protecteurs, mais un ensemble de bâtiments répartis dans la nature (la montagne généralement), complètement ouverts sur l'extérieur. Chacun, laïc ou moine, pratiquant ou non peux y entrer à sa guise. Ici, l'espace le plus sacré est bien l'homme, non le lieu.

samedi 18 octobre 2008

Fluidité


Le hangeul (encore lui) me donne des frissons. La calligraphie coréenne est un chef d'oeuvre d'harmonie, une géométrie douce: horizontales, verticales et rondes, organisées en carrées (1 carré pour une syllabe) avec de l'espace pour reposer l'oeil.

Dans mon apprentissage du coréen, c'est la vue qui fut sollicitée la première. Réceptivité visuelle, accueil des formes, des courbes, des agencements faussement sages, depuis la notice administrative, en passant par la publicité dans le métro et les poésies calligraphiées, comme celle de cette peintre et poète coréenne qui a représenté et décrit la Normandie avec ces 2 arts sacrés : peinture et calligraphie.

Hier, visite d'une exposition de femmes calligraphes, avec mon amie Hee Sun, elle-même calligraphe. Elle m'apprend les différentes formes d'écriture, de la plus "droite" comme nos caractères d'imprimerie, à la plus "fluide" pour l'écriture cursive.

A chaque fois, c'est toujours une émotion, une sensation de plénitude, de perfection comme celle que l'on ressent parfois en écoutant Bach. Une simplicité qui exprime le désir d'unité et de beauté de l'âme humaine.
En contemplant ces oeuvres, j'imagine les deux maîtres, Bach et le roi Sejong, se retrouvant au ciel et partageant sans fin leur passion pour ces merveilles de beauté et d'intelligence qu'ils ont chacun légué à l'humanité...

Hangeul (suite)


Superbement ignoré par les lettrés, le hangeul a mis du temps à s'imposer comme langue officielle. Ce n'est par exemple qu'en 1896 que le premier journal en hangeul fut imprimé.
Les savants pensaient d'ailleurs que cette langue inventée de toute pièce ne "tiendrait" pas face aux hanjis chinois, autrement plus solides. C'était sans compter la soif d'apprendre des femmes et du peuple, qui n'avaient pas accès aussi facilement au savoir.
Aujourd'hui, le hangeul manifeste son dynamisme dans sa capacité à absorber des mots nouveaux, à se moderniser sans cesse, et à inspirer les artistes.
La richesse du vocabulaire coréen est étonnante, mais beaucoup de mots récents viennent de l'anglais, ouverture oblige.
Certains le prédisent menacé d'américanisation. Récemment, une émission de télé culturelle a échoué dans son pari de ne parler qu'en hangeul traditionnel, évitant tout mot importé. L'échange est tout simplement devenu impossible.
Alors, en perte d'identité le hangeul, ou parfaitement adaptable au monde moderne ?
Les experts trancheront. En attendant je me régale de certains anglicismes, ou gallicismes (?), particulièrement savoureux: tel le toul dou bieng, pour désigner la boutique de vin de notre quartier. Mais mon préféré, mi anglais mi français, reste le kopi ollé, une boisson bien de chez nous partout dans le monde.

vendredi 10 octobre 2008

Hangeul day


Avant hier, 9 octobre, c'était l'anniversaire de ma copine Flo, et aussi celui du Hangeul.
562 ans déjà ! et une vitalité jamais égalée.
Le hangeul c'est...la langue coréenne bien sûr ! Dont l'origine est complètement atypique, comme tant de choses dans ce drôle de pays.
A la fin du quatorzième siècle, le "bon roi Sejong", comme nous avons notre "bon roi Henri", monte sur le trône. Pendant son très long règne, il ne cessera d'engager des réformes qui transformeront complètement la société coréenne.
Grand lettré, artiste, scientifique, il est surtout épris de son peuple et veut lui permettre d'accéder à l'éducation, vertu fondatrice du confusianisme.
A l'époque, seuls les lettrés pouvaient lire et écrire les caractères chinois, difficiles et surtout inadaptés à la langue coréenne orale.
C'est donc en partant de cette dernière que le roi mit au point le hangeul, censé correspondre à l'articulation des sons.
Les consonnes représentent ainsi la position des lèvres et de la langue lors de leur prononciation, tandis que les voyelles symbolisent l'harmonie cosmique entre la terre (l' horizontale), l'homme (la verticale), le soleil (le point)

mardi 7 octobre 2008

Busan et ses îles…

Après Jeju-do (range), avec ses champs de mandariniers, ses volcans de toutes les tailles, ses murets en pierres noires et ses plongeuses (cf site picasaweb), nous poursuivons notre découverte des îles coréennes, sous le chaud soleil d’octobre.

Après le week end prolongé de « chusok » (la fête des moissons) en septembre, la Corée célèbre sa fondation, ce vendredi 3 octobre. Occasion pour Christophe et moi d’une escapade en amoureux vers Busan, la deuxième ville du pays, qui dresse ses grattes ciels entre mer et montagne.

Comme à Séoul, les perspectives les plus hautes restent les montagnes. Elles sont ici plus resserrées et les maisons grimpent à l’assaut des pentes. Quelques buildings émergent ça et là. C’est totalement anarchique, dense, bruyant, affairé…

Côté chic, le quartier de Heundae, au bord de la plus belle plage de Corée, dont on a vu des photos sur internet, lorsque toute la Corée s’y rassemble au mois d’août.

En ce jour, un seul nageur en vue, Christophe, bravant une interdiction de baignade après le 31 août ! A lui la mer à 22°… sans regrets, et sans policiers en vue !

Côté choc, le port de Jagalchi, dans lequel les bateaux déchargent leurs cargaisons de poissons et fruits de mer. Dans tous les petits restau le long du quai, c’est mackerel ( !) et calamar au petit déjeuner. Le marché déborde de produits de la mer, fruits, légumes, herbes médicinales, couteaux…. Le tout étalé à même le trottoir, dans un grand renfort de cris et d’odeurs.

Un mètre au-dessus, les araignées de mer tentent de s’échapper des aquariums qui tiennent lieu de carte dans les gargotes du type de celle où nous avons dégusté le meilleur hémùl pa jeon depuis notre arrivée en Corée : sorte de galette frite contenant toujours des poireaux et souvent des morceaux de calamar.

La vitalité de Busan s’exprime particulièrement dans ce port immense, où l’activité de pêche, de fret et de tourisme est incessante. Comme dans tous les ports du monde, presque tout se fait à ciel ouvert et chacun peut profiter du spectacle, toujours fascinant et déroutant par le contraste entre la beauté du cadre naturel (celui de Busan est exceptionnel) et la dureté du travail des « gens de la mer ». La dignité farouche des femmes attachées au traitement et à la vente du poisson en dit long sur cette relation sans concession avec la mer.

Beaucoup de petits métiers, disparus chez nous, subsistent autour du port, comme ces cordeliers, ces rémouleurs…. Typique certes, mais poignant par la pauvreté des moyens mis en œuvre : une tente sous laquelle s’affairent 10 personnes, une minuscule carriole pour porter la pierre à aiguiser. Et le plus souvent, les travailleurs sont des personnes âgées.

dimanche 1 juin 2008

Pollution

Vendredi 30 mai : ce matin, le soleil annoncé par la météo disparaît derrière une brume blanchâtre qui recouvre toute la ville. Le pic sur le site de surveillance atteint des sommets et une rumeur de fermeture du lycée pour la journée commence à circuler.

En partant rejoindre le métro, je distingue à peine les immeubles blancs du chantier voisin sur le ciel de craie. Au-dessus du fleuve, les montagnes forment de vagues ombres dans un nuage opaque et épais.

Les gens ne paraissent pas s’inquiéter de cet étrange paysage. Et surtout, les masques ne sont pas plus portés que d’habitude. J’ai décidément du mal à comprendre l’usage de cet accessoire facial .


Dans la rue d’Itaewon, très fréquentée en ce vendredi de printemps, des particules blanches flottent dans l’air. De quoi s’agit-il exactement ? je n’en sais rien, mais ce ne doit pas être très bon pour la santé tout ça !


Enfin , comme à tout le reste on s’y fait. Mais ce n’est pas aujourd’hui que je commencerai ma série de ballades en vélo, sans cesse remises, le long du fleuve Han.

En attendant une amélioration de la météo, je pourrai toujours faire du sport dans l’une des innombrables salles de fitness et piscines de la ville. Avec le souci qu’ont les coréens de leur forme physique, le sport en salle a de beaux jours devant lui.


Pour réparer mon dos cassé depuis quelques semaines, j’ai choisi les services d’un chyropractor. Son équipement ultra-moderne et ses gestes sûrs ont tôt fait de me remettre d’aplomb. J’en profite aussi pour me faire l’oreille à l’anglais prononcé avec l’accent coréen.


Encore une fois la qualité est au rendez vous dans ce service de soins. C’est la même chose avec les soins dentaires et de kyné pour les enfants. A Séoul, la qualité se paye cher mais me parait pour le moment irréprochable.


La plupart des médecins se sont formés aux Etats-Unis. C’est la voie rêvée pour les étudiants les plus ambitieux, dont les familles se sacrifient parfois pour les envoyer à l’étranger. Au moins, au retour, sont ils sûrs de trouver du travail !

Femmes…

Dans le cabinet de chyropractie du Dr Jeong, je retrouve Mee Ra. Elle pratique le massage et travaille avec lui.

Je l’avais rencontrée pour expérimenter sa pratique du Reiki, méthode japonaise de circulation des énergies.

Mee Ra est venue s’installer en Corée, son pays d’origine, il y a 5 ans. Elle est aussi française par sa famille qui l’a adoptée quand elle était petite.


Ici, elle a découvert le Reiki, s’y est formée et le pratique. Elle s’est aussi passionnée pour la musique coréenne et les échanges entre musiques de différents pays. Ce soir, nous irons écouter ses amis à la soirée qu’elle organise pour son départ en France. La voilà en effet prête à tenter une nouvelle aventure : nouvelle vie, nouveau métier, nouvelles relations à bâtir. J’admire son énergie et sa confiance, qu’elle affiche avec beaucoup de sérénité.


En elle, je retrouve des points communs à la plupart des femmes que j’ai rencontrées depuis mon arrivée ici.

Que ce soit la nouvelle génération des battantes pour réussir professionnellement, les« jubu », qui se consacrent principalement à leur maison et à leurs enfants, jusqu’aux plus âgées qui reprennent souvent un commerce ou un restaurant, après avoir élevé leurs enfants, toutes m’apprennent chaque jour quelque chose, et les derniers préjugés que j’avais sur « la femme coréenne, soumise et muette » ont sombré depuis longtemps.


Derrière les mises en plis impeccables, les visages impassibles et parfois résignés, j’ai trouvé des tempéraments de feu, des femmes d’affaire redoutables, des puits de culture, souvent de grandes artistes, une générosité sans limite et une solidarité très forte entre elles.

Dans un travail sur la volonté avec le groupe "Vittoz" de Daegou, elles ont exprimé ce que voulait dire pour une femme d’ici la mise en œuvre de sa volonté : s’opposer parfois à son mari ou sa famille pour s’épanouir et élever ses enfants, prendre en main une affaire à un âge avancé, travailler sans relâche pour réussir dans la musique ou la peinture, se soutenir les unes les autres, porter l’organisation des paroisses, et surtout croquer la vie à belles dents, comme dans ces repas de fruits de mer où les pinces de crabes sont décortiquées à pleines mains, vidées, plongées dans le piment pur, et avalées en riant fort.

On les surnomme parfois « saintes », « mères courages ». Je ne saurais les qualifier autrement que par la sympathie et l’admiration qu’elles m’inspirent, mais surtout par le fait que je ne m’ennuie jamais avec elles !

Train...

26 mai : Je voyage entre Séoul et Daegou, pour une dernière rencontre avec le groupe « Vittoz ».

Le train est bien rempli. A l’intérieur du wagon, une vie s’installe. Frémissements. Mouvements de l’air, des corps. Odeurs pimentées.

Pendant deux heures, je partage la vie de ces personnes de tous âges. A la toux grasse du vieux monsieur derrière moi répond le babillage d’un petit enfant. Les mélodies des portables résonnent d’un bout à l’autre de la rame : voix enjouées de femmes ou plus grave d’un homme d’affaire. L’ambiance est studieuse en ce lundi matin. Entre Séoul et Daejon, la quatrième ville du pays, il n’y a qu’une heure de KTX (notre TGV). Beaucoup de personnes font la navette régulièrement. Mon voisin corrige des copies de maths.

Les coréens profitent souvent de voyages pour faire un repas puis piquer un somme. Odeurs et ronflements animent ainsi souvent mes trajets.

A cette heure avancée de la matinée, un afflux d’odeurs envahit le wagon : ginseng reconnaissable entre tous, huile de sésame des kimbab (riz farci de légumes et de viande, enroulé dans une feuille d’algue). Le piquant du kimchi relève le tout.

Par la fenêtre, le paysage défile. J’aperçois un bâtiment peint en bleu, blanc, rouge. Puis un village surmonté d’un clocher. Je me croirais presque en France, s’il n’y avait à perte de vue l’étalage des rizières.

Elles ont récemment été mises en eau et le riz, repiqué. Après l’hiver, dominé par le gris et le brun, la campagne coréenne s’est transformée en une mosaïque de miroirs hérissés de petites pointes vertes. Par ci, par là, on aperçoit une silhouette penchée , les pieds dans l’eau.

Dans les rares plaines, les rizières sont disposées en damiers. Sur les pentes, c’est un agencement de courbes, qui soulignent les reliefs de ce pays montagneux.

Parfois, les rizières baignent les pieds des immeubles. La ville est proche…

Les habitants de ces appateux (appartements), pourront ils contempler un aussi joli paysage dans quelques années? Rien n’est moins sûr.

Une journée au paradis

Mardi 8 avril : dernière rencontre avec le groupe « Vittoz » de Daegou.

L’une des dames du groupe nous a invitées à venir passer la journée chez elle, dans la campagne des environs.

Nous nous retrouvons à 8h devant le centre, dans lequel ont eu lieu les 9 rencontres autour de la méthode Vittoz. Deux fois par mois, je suis venue leur expliquer en quoi consiste cette méthode, et surtout leur faire pratiquer les exercices du Dr Vittoz.

Avec nos différences de langue, la compréhension et l’échange ne pouvaient se faire que par interprète. C’était un véritable défi à la communication spontanée et ajustée en temps réel que requiert la pratique de la méthode. Il fallait y croire ! et c’est bien parce que d’autres personnes y ont cru plus que moi que nous sommes arrivées à dépasser cet obstacle.

Il y a d’abord eu la confiance de mon amie Sabina, coréenne religieuse en France, qui m’a mise en contact avec le centre de thérapie à Daegou. Puis l’engagement des participantes, dont je me suis souvent demandé pourquoi elles s’étaient inscrites ! Enfin, la patience et l’énergie de l’interprète, avec laquelle nous avons ajusté tous les textes de nos interventions mot à mot.

Et nous sommes arrivées à cette journée tant espérée du 8 avril, clôturant une expérience souvent déconcertante mais de plus en plus passionnante.

A la chaleur humaine de ces quelques heures s’est ajoutée celle du soleil printanier, éclairant délicieusement une campagne fraîchement recouverte de touches roses et blanches. « Cherry blossom » n’est pas une exclusivité japonaise. Le printemps coréen a de quoi émerveiller les plus résistants à l’hiver si austère et long de c e pays.

En quelques jours, les derniers flocons de neige se transforment en pétales tourbillonnants, sur lesquels on marche comme sur un tapis. Les villes prennent une tonalité « layette » et la campagne redevient douce et accueillante.

C’est le moment des excursions en plein air. Ce que nous avions donc prévu pour clore cette année tournée vers les sens.

En une heure, nous avons atteint Sang Ju, petite ville nichée au cœur de la Corée du sud.

Dans cette partie du pays, les montagnes font place à de larges vallées. C’est une région agricole aux reliefs plus doux que dans le nord.

En ce début de printemps, la vie a repris dans les champs. Les rizières sont prêtes à être ensemencées. Chaque parcelle est utilisée, du bord des rivières aux pieds des montagnes. Dans quelques mois, la Corée noire de l’hiver aura disparue sous la verdure crue des pousses de riz et les feuillages des forêts sur les pentes environnantes. Seuls les toits des maisons traditionnelles contrasteront par leurs couleurs sombres, et on verra mieux leurs bords recourbés comme des ailes.

Myeong Hae nous attend à l’entrée de sa maison. Celle-ci a été construite il y a 12 ans dans le plus pur style traditionnel coréen. Seules les fenêtres coulissantes, jadis couvertes de papier huilé, sont fermées par des vitres.

Nous entrons dans la pièce principale, après nous être déchaussées, et nous asseyons par terre, autour de la table en bois. Sur celle-ci sont déjà disposés vaisselle et ustensiles pour le thé, ainsi qu’une grande assiette de gâteaux de riz multicolores . Ils sont exceptionnellement doux et fondants, ni gluants, ni fades. Exactement comme je les aime !

A genoux devant une petite table, Myeong Hae prépare un thé au lotus. Une boisson rare et raffinée que nous prendrons le temps de savourer.

Dans un grand bol, elle déploie les pétales de la fleur, puis verse doucement des louches d’eau chaude jusqu’à la recouvrir complètement. Après quelques minutes d’infusion, nous savourons ce nectar au goût de paradis…

Oui, vraiment, un raffinement existe bel et bien dans la culture coréenne, aux abords parfois rudes et déconcertants pour beaucoup de mes compatriotes. Grâce à cette expérience inédite avec les femmes de Daegou, je découvre ces milles subtilités qui rendent les us et coutumes d’ici si intéressants à découvrir, et à goûter… !

Et cette journée fur particulièrement généreuse en la matière : après le thé, suivi d’un déjeuner « royal » ! , nous nous sommes promenées dans un parc rempli d’azalées fraîchement fleuri. Un groupe de personnes âgées profitaient gaiement du renouveau printanier. Les femmes portaient des fleurs dans les cheveux et se « gondolaient » littéralement, en se racontant des histoires…d’hiver sans doute. Elles avaient pris place sur une plate forme couverte , comme on en trouve partout en Corée, lieu de rassemblement, d’exercices sportifs, et de partage du thé, pour tous ceux qui aiment être dehors, ou dont le logement est trop exigüe !

Nous avons terminé par la visite du magasin de céramiques de Myeong Hae. La céramique en Corée, c’est tout art sur lequel je reviendrai. Plusieurs festivals lui sont consacrés et les magasins branchés du quartier des arts de Séoul arborent des pièces rivalisant de beauté.

C’est un art très dynamique, créatif tout en restant attaché à une certaine tradition. Il est en tous cas reconnu dans le monde entier.

Moi qui n’avais pas une grande passion pour la vaisselle, voilà que je me pâme devant des tasses et des bols. Mais les prix m’empêchent d’y toucher. Réceptivité visuelle uniquement !

C’est par un trajet inédit, en bus, que j’ai terminé cette journée.

Dans la lumière dorée de cette première journée de printemps, les tombes des ancêtres recueillaient les derniers rayons du soleil. Chaque talus exposé est, ouest ou sud abrite ainsi une ou plusieurs tombes que l’on reconnaît au petit tumulus herbeux, parfois surmonté d’une stèle, et toujours parfaitement entretenu.

dimanche 6 avril 2008

Barrière ? vous avez dit barrière ?

Traditionnellement, lorsqu’on arrive dans un nouveau pays, on est confronté à deux types de handicaps : « la barrière de la langue », et « les chocs culturels ».

Nous n’y avons bien sûr pas échappé, et repartirons sans avoir franchi ces satanés bastions.

Avec mes cours intensifs de coréen académique, j’ai bien percé quelques brèches dans la dite « barrière ». Mais, sémantiquement parlant, « muraille » me parait mieux correspondre à l’obstacle que l’aimable construction ajourée à l’entrée de mon jardin.

Les situations les plus inextricables se déroulent généralement dans les commerces. Là où il convient d’être précis dans l’échange, les interlocuteurs ne comprennent généralement goutte à l’anglais.

Nous sommes souvent repartis bredouilles, partagés entre l’agacement et la rigolade. Sommes nous devenus philosophes ou résignés ? Plus dégourdis en tous cas pour communiquer en se passant des mots. Et finalement, ça marche !

Après 6 mois au pied de la barrière, visite guidée des lieux les plus édifiants de ce parcours du combattant.

Quelques jours après notre arrivée, Sophie et moi partons guillerettes choisir de jolis draps pour notre future maison. Dans le magasin, première prise de conscience : le couchage coréen diffère du notre : draps housses et couettes sont remplacés par des édredons qui font office de matelas, voire de sommiers !, puisque la plupart des coréens dorment à même le sol, chauffé par le « ondol »

Pour se couvrir, on utilise un édredon plus épais, à l’intérieur duquel on peut glisser une couette l’hiver.

Finalement, nous trouvons à peu près ce que nous voulons, à condition de dormir dans du Balenciaga !

Voilà Sophie parée d’un drap aux couleurs féminines. Il reste à fournir Gabriel.

Nos discours et gesticulations n’ayant rien donné, c’est finalement un dessin suggestif pour expliquer qu’il s’agit d’un garçon, qui nous fait obtenir un drap aux couleurs convenables !

Et quand le dessin, ne suffit pas, il faut ajouter le son : c’est en imitant le bêlement chez le boucher que j’ai appris que les coréens ne mangent pas de mouton !

Quelques temps après, Christophe et moi parcourions le gigantesque marché de Dangdaemoun, à la recherche d’une table de ping pong.

Il nous a fallu visiter au moins quatre magasins pour trouver un vendeur qui nous comprenne.

Très sympa et habitué au public étranger, il était muni d’un dictionnaire. Du coup la transaction s’est accéléré jusqu’au moment où nous butions à nouveau. Impossible d’acheter le modèle que nous avions choisi.

Grâce au dictionnaire, nous avons appris que la table était « castrée ». !

Il fallait attendre quelque jour la résolution du problème.

Depuis, nous jouons régulièrement avec une table, des raquettes et des balles en parfait état de marche. Ouf !

On a vite fait de confondre certains mots coréens quand on acquiert un peu de vocabulaire, car les sons sonnent souvent pareil dans nos oreilles occidentales.

C’est ainsi que, voulant briller devant quelques amies coréenne, j’ai longuement parlé des « chapeaux » qui se retrouvent pour déjeuner dans les restaurants, et de l’ambiance volubile qui en résulte.

Devant la dizaine de regards en soucoupes, j’ai compris que j’avais confondu « moja » avec « yoja », c'est-à-dire « chapeau » avec « femme ».

Autant dire que s’il ne me reste un jour que deux mots de coréen, ce seront ces deux là !

« Onni » soit qui en âge avance…

Il y a des choses qu’il faut savoir assumer en Corée. Par exemple se faire traiter de « onni » par sa prof, et devant tous les élèves, de surcroit !

Rassurez-vous, ma chère saunsengnim ne me voulait aucun mal, seulement me signifier son respect, eu égard, non à mes performances scolaires !, mais à mon âge canonique, si on le compare à la moyenne de la classe.

Me voici donc « grande sœur », depuis cette séance mémorable où il fallut dénombrer année, mois et jour de naissance, puis âge, sans confondre les 2 systèmes de comptage en vigueur dans la langue coréenne.

Depuis, j’ai souvent entendu des femmes s’interpeller ainsi. Ce qualificatif de « grande sœur » ou « grand frère » n’est pas qu’un simple surnom. Il fait partie du système complexe des « honorifiques ». Ce langage, différencié selon la personne à qui l’on s’adresse, traduit la complexité des rapports hiérarchiques. C’est un des traits de la société coréenne qu’il faut bien essayer de connaître un peu si l’on veut pénétrer sa culture.

Difficile de s’y retrouver lorsque l’on est étranger et que l’on ne comprend pas la langue.

Mais si j’en juge par les fous rires de mes amies, j’ai déjà commis pas mal de « gaffes », en confondant les formules.

Donc, pas question de s’adresser à une amie comme à sa mère. Un peu comme « salut » et « bonjour » en français. Mais cela concerne aussi le nom, l’âge, le métier, la façon de désigner le riz ! et toutes sortes d’autres choses, différentes prépositions et les conjugaisons.

A titre d’anecdotes, voici celle racontée par Michel Malherbe dans son passionnant livre sur l’apprentissage du coréen :

« en coréen , la façon de s’exprimer dépend obligatoirement de la position sociale des interlocuteurs, celui qui parle, celui à qui l’on parle, celui dont on parle. Le respect de la forme employée est impératif, et beaucoup plus important que l’emploi du tutoiement ou de vouvoiement en français. Ainsi, si un neveu est plus âgé que son oncle, ce qui peut exceptionnellement se produire, le système est pris en défaut et les personnes dans ce cas sont pratiquement dans l’impossibilité de se parler »

Ou encore, ce que nous racontait récemment un prêtre de Séoul : selon qu’un religieux se présente comme « frère » ou comme « père » (c'est-à-dire prêtre), son interlocuteur adoptera une attitude très familière ou très respectueuse. Il faut dire que le prêtre est ici très considéré, comme toute personne ayant étudié. C’est la tradition « lettrée » qui prend ici le dessus.

Ce système des honorifiques est sans doute un des derniers bastions du système confucianiste.

Et s’il vacille, comme le reste des codes sociaux, il sera quand même au programme de mon cours semestriel, alors que nous avons à peine appris à demander notre chemin dans la rue !

Demain soir, à Daegou, je veillerai donc à ne pas souhaiter une bonne nuit à mon amie de la même façon qu’à son fils. J’ai déjà fait cette « erreur » et suis sûre qu’ils en en rient encore !