Le hangeul (encore lui) me donne des frissons. La calligraphie coréenne est un chef d'oeuvre d'harmonie, une géométrie douce: horizontales, verticales et rondes, organisées en carrées (1 carré pour une syllabe) avec de l'espace pour reposer l'oeil.
Dans mon apprentissage du coréen, c'est la vue qui fut sollicitée la première. Réceptivité visuelle, accueil des formes, des courbes, des agencements faussement sages, depuis la notice administrative, en passant par la publicité dans le métro et les poésies calligraphiées, comme celle de cette peintre et poète coréenne qui a représenté et décrit la Normandie avec ces 2 arts sacrés : peinture et calligraphie.
Hier, visite d'une exposition de femmes calligraphes, avec mon amie Hee Sun, elle-même calligraphe. Elle m'apprend les différentes formes d'écriture, de la plus "droite" comme nos caractères d'imprimerie, à la plus "fluide" pour l'écriture cursive.
A chaque fois, c'est toujours une émotion, une sensation de plénitude, de perfection comme celle que l'on ressent parfois en écoutant Bach. Une simplicité qui exprime le désir d'unité et de beauté de l'âme humaine. En contemplant ces oeuvres, j'imagine les deux maîtres, Bach et le roi Sejong, se retrouvant au ciel et partageant sans fin leur passion pour ces merveilles de beauté et d'intelligence qu'ils ont chacun légué à l'humanité...
Superbement ignoré par les lettrés, le hangeul a mis du temps à s'imposer comme langue officielle. Ce n'est par exemple qu'en 1896 que le premier journal en hangeul fut imprimé. Les savants pensaient d'ailleurs que cette langue inventée de toute pièce ne "tiendrait" pas face aux hanjis chinois, autrement plus solides. C'était sans compter la soif d'apprendre des femmes et du peuple, qui n'avaient pas accès aussi facilement au savoir. Aujourd'hui, le hangeul manifeste son dynamisme dans sa capacité à absorber des mots nouveaux, à se moderniser sans cesse, et à inspirer les artistes. La richesse du vocabulaire coréen est étonnante, mais beaucoup de mots récents viennent de l'anglais, ouverture oblige. Certains le prédisent menacé d'américanisation. Récemment, une émission de télé culturelle a échoué dans son pari de ne parler qu'en hangeul traditionnel, évitant tout mot importé. L'échange est tout simplement devenu impossible. Alors, en perte d'identité le hangeul, ou parfaitement adaptable au monde moderne ? Les experts trancheront. En attendant je me régale de certains anglicismes, ou gallicismes (?), particulièrement savoureux: tel le toul dou bieng, pour désigner la boutique de vin de notre quartier. Mais mon préféré, mi anglais mi français, reste le kopi ollé, une boisson bien de chez nous partout dans le monde.
Avant hier, 9 octobre, c'était l'anniversaire de ma copine Flo, et aussi celui du Hangeul. 562 ans déjà ! et une vitalité jamais égalée. Le hangeul c'est...la langue coréenne bien sûr ! Dont l'origine est complètement atypique, comme tant de choses dans ce drôle de pays. A la fin du quatorzième siècle, le "bon roi Sejong", comme nous avons notre "bon roi Henri", monte sur le trône. Pendant son très long règne, il ne cessera d'engager des réformes qui transformeront complètement la société coréenne. Grand lettré, artiste, scientifique, il est surtout épris de son peuple et veut lui permettre d'accéder à l'éducation, vertu fondatrice du confusianisme. A l'époque, seuls les lettrés pouvaient lire et écrire les caractères chinois, difficiles et surtout inadaptés à la langue coréenne orale. C'est donc en partant de cette dernière que le roi mit au point le hangeul, censé correspondre à l'articulation des sons. Les consonnes représentent ainsi la position des lèvres et de la langue lors de leur prononciation, tandis que les voyelles symbolisent l'harmonie cosmique entre la terre (l' horizontale), l'homme (la verticale), le soleil (le point)
mardi 7 octobre 2008
Busan et ses îles…
Après Jeju-do (range), avec ses champs de mandariniers, ses volcans de toutes les tailles, ses murets en pierres noires et ses plongeuses (cf site picasaweb), nous poursuivons notre découverte des îles coréennes, sous le chaud soleil d’octobre.
Après le week end prolongé de « chusok » (la fête des moissons) en septembre, la Corée célèbre sa fondation,ce vendredi 3 octobre.Occasion pour Christophe et moi d’une escapade en amoureux vers Busan, la deuxième ville du pays, qui dresse ses grattes ciels entre mer et montagne.
Comme à Séoul, les perspectives les plus hautes restent les montagnes.Elles sont ici plus resserrées et les maisons grimpent à l’assaut des pentes.Quelques buildings émergent ça et là. C’est totalement anarchique, dense, bruyant, affairé…
Côté chic, le quartier de Heundae, au bord de la plus belle plage de Corée, dont on a vu des photos sur internet, lorsque toute la Corée s’y rassemble au mois d’août.
En ce jour, un seul nageur en vue, Christophe, bravant une interdiction de baignade après le 31 août !A lui la mer à 22°… sans regrets, et sans policiers en vue !
Côté choc, le port de Jagalchi, dans lequel les bateaux déchargent leurs cargaisons de poissons et fruits de mer. Dans tous les petits restau le long du quai, c’est mackerel ( !) et calamar au petit déjeuner. Le marché déborde de produits de la mer, fruits, légumes, herbes médicinales, couteaux…. Le tout étalé à même le trottoir, dans un grand renfort de cris et d’odeurs.
Un mètre au-dessus, les araignées de mer tentent de s’échapper des aquariums qui tiennent lieu de carte dans les gargotes du type de celle où nous avons dégusté le meilleur hémùl pa jeondepuis notre arrivée en Corée : sorte de galette frite contenant toujours des poireaux et souvent des morceaux de calamar.
La vitalité de Busan s’exprime particulièrement dans ce port immense, où l’activité de pêche, de fret et de tourisme est incessante. Comme dans tous les ports du monde, presque tout se fait à ciel ouvert et chacun peut profiter du spectacle, toujours fascinant et déroutant par le contraste entre la beauté du cadre naturel (celui de Busan est exceptionnel) et la dureté du travail des « gens de la mer ».La dignité farouche des femmes attachées au traitement et à la vente du poisson en dit long sur cette relation sans concession avec la mer.
Beaucoup de petits métiers, disparus chez nous,subsistent autour du port, comme ces cordeliers, ces rémouleurs…. Typique certes, mais poignantpar la pauvreté des moyens mis en œuvre : une tente sous laquelle s’affairent 10 personnes, une minuscule carriole pour porter la pierre à aiguiser. Et le plus souvent, les travailleurs sont des personnes âgées.