mardi 11 décembre 2007

Début d'hiver...

3 décembre 2007-

Le froid pince fort ce matin. Je trouve même qu’il mord. Malgré les empilements de pulls je sens mes membres s’engourdir rapidement tandis que je marche vers Seocho station. Les passants ne semblent pas aussi refroidis que moi, et en particulier ce jeune homme qui laisse dépasser un bras nu de son manteau. Défi auquel je ne me risquerai pas, mais qui ne lui cause apparemment aucune sensation pénible. A croire que les températures extrêmes ne sont pas ressentis ici comme ailleurs. Tandis qu’on grelotte couverts comme des oignons à l’extérieur, il faut se dévétir quasi totalement à l’intérieur pour supporter le chauffage à 25°C minimum. Là je parle pour nous les français, car nos hôtes n’ont environ qu’une couche de différence entre les deux .

Coriaces ces coréens ? je commence à en être persuadée par différentes constatations ou expériences qui me font bondir au plafond et les laissent de marbre : variations de températures, massages « vigoureux » (on va chercher les muscles par en-dessous, si j’ai bien compris…), acupuncture, kimchi et autres mets forts en goûts, bousculades sans nuances dans le métro. A pays rude, tempérament rude sans doute, qui n’ôte rien à la délicatesse et au raffinement de la culture, mais donne au mode de vie et aux rapports humains des saveurs hautes en couleurs !

Avec ce froid sec, pas besoin de se protéger de l’humidité comme à Paris. La mode séoulite s’adapte subtilement aux besoins d’épaisseur par des superpositions coordonnées de vêtements, en jouant sur les formes, les couleurs, les matières.

Avec une écharpe ou un châle à trous trous et frous frous autour du cou, la panoplie est complète. Mesdames qui vous intéressez au look hivernal 2007/2008 de cette capitale de la mode asiatique, vous aurez bientôt quelques extraits des catalogues ambiants.

Si vous commandez, n’oubliez pas que le 38 est ici une « big size » et que cela ne se fait pas trop d’essayer autre chose que les jupes et les pantalons. Mieux vaut donc bien viser !

Pour finir, on n’oubliera pas le masque anti-microbes, anti-pollution et les jours de soleil la visière XXXL, pour garder une peau de pêche. Ces accessoires ne sont pas portés pour le fun, mais sont quand même très tendance dans cette ville polluée et diablement ensoleillée !

Cette journée agréablement studieuse, commence par un rdv avec Nathalie, mon amie suisse du cours de coréen. Nous revoyons laborieusement nos cours depuis le café de style suédois à côté de la fac. Avec un cappucino brûlant et un muffin, moelleusement installées dans des fauteuils, sous le sapin scintillant, c’est plus facile !

Puis deux heures de cours avec notre chère Park Susan, qui réussit à nous faire aimer le coréen malgré la rigueur de ses leçons. Aujourd ‘hui, nous apprenons à conjuguer au passé. Chacun décrit avec amusement son week end. Et j’apprends à dire « hier dimanche, je suis allée à la montagne et j’ai fait du ski » ! J’aurais aimé rajouter : « une seule piste d’1 km était ouverte ; nous l’avons descendue 6 fois, ce qui fait environ 10 mns de ski sur une matinée entière ; mais nous étions ravis de ce bol d’air au milieu de jeunes skieurs gais et sportifs ». Mais je n’en suis pas encore là !

Après le cours, j’ai retrouvé mon amie Myung Suk pour déjeuner, m’entraîner au coréen et lui poser quelques questions sur la peinture coréenne. Comme elle était un peu en retard, j’en ai profité pour visiter ce quartier étudiant que je ne fais que traverser d’habitude. Une librairie bien achalandée y propose un choix intéressant de livres étrangers traduits en coréen. J’y trouve entre autres le livre de Muriel Barbery « L’élégance du hérisson ». Les couvertures sont très joliment illustrées. Plusieurs auteurs classiques occupent des places de choix : Maupassant, Saint Exupéry. En partant, je passe devant une vitrine qui renferme une maquette de Notre Dame de Paris ! Dans tous les lieux qui s’y prêtent, la culture française est à l’honneur. Cela me fait penser que nous ne devons pas manquer la grande exposition sur Van Gogh, qui propose un nombre impressionnant de tableaux parait-il. Les séoulites s’y précipitent, et il faut arriver tôt.

La semaine dernière, c’était « Carmen » qui faisait salle comble dans l’immense opéra du Séoul Art Center. Nous n’en croyions pas nos oreilles d’entendre tous ces artistes nationaux chanter en français, si distinctement ! Et le public était vraiment attentif et enthousiaste.

C’est toujours un plaisir de passer un moment avec Myung Suk. Gaie et vive, elle s’intéresse à beaucoup de choses et parle avec simplicité de son acclimatation à Séoul. Après 15 ans passés en France, ce n’est pas évident de commencer une nouvelle vie dans cette ville qu’elle n’a jamais habitée. Aujourd’hui, c’est donc moi qui lui fait les honneurs de « mon » quartier étudiant. Nous atterrissons dans un des innombrables restaus du coin., où l’on nous apporte à chacune une sorte de chaudron rempli d’un bouillon fumant. Quand la fumée se dégage, on aperçoit un copieux mélange de « sea food » : calamars caoutchouteux, moules bien en chair et gambas, posés sur un confortable lit de pâtes bien cuites. Encore un défi pour mes baguettes que je tiens toujours comme des échasses. Mais, tant pis, quand il s’agit d’avaler des spaghettis, personne ici ne se distingue, même pas les dames les plus raffinées avec lesquelles j’ai déjà partagé des repas. Donc avec force « slurp » et dégoulinades, le repas est avalé et la chaleur du bouillon nous réchauffe jusqu’au bout des pieds. Il faut bien cela par le « -5°C » qui sévit depuis ce matin.

Tout cela pour moins de 3euros par personne. Les déjeuners au restau entre copines, c’est pas une ruine !

Nous parlons de la vie des femmes en Corée. Nos idées françaises un peu générales méritent d’être nuancées. Si le mariage arrangé est encore de mise ici, il ne concerne qu’une petite partie de la société. Souvent la plus éduquée où les conventions ont leur importance. Difficile d’être encore célibataire après 25 ans. Les mères se chargent donc de trouver un partenaire pour leur fille. Paradoxalement, ce n’est pas dans ces mariages qu’il y a le plus de divorces. En se mariant, on change de mentalité et on accepte d’être patient. Cela donnerait plus de chance à la fidélité que dans d’autres mariages où les conjoints n’ont pas pris assez le temps de se connaître.

Le statut des femmes évolue vite, trop vite ? Elles veulent s’émanciper d’un mode de vie très contraignant pour les épouses et mères entièrement dévouées à leurs mari, enfants, et souvent beaux parents (pour les femmes des hommes aînés, qui vivent avec leurs familles chez leurs parents). Les femmes de la génération actuelle travaillent et ont envie d’indépendance. D’où un rejet parfois un peu radical de la vie familiale et des valeurs qui l’accompagnent. Le livre d’Ida Daussy, française mariée à un coréen et vivant à Séoul, est très éclairant sur cette question.

Flânerie dans la rue piétonnière du quartier d’Ewha. C’est déjà les soldes d’hiver et les articles sont déballés sur le trottoir pour attirer les clients. A des prix imbattables, on trouve des pulls, écharpes, chaussures. Comme d’habitude, les magasins sont quasi déserts. Depuis trois mois, je suis de plus en plus étonnée de ne voir quasiment jamais personne acheter. Myung Suk pense comme moi que le commerce est en crise. Beaucoup trop de petits magasins et une vie de plus en plus chère. Il parait que le gouvernement prévoit une fin d’année difficile pour le commerce. Quand on voit autant de marchandise et aussi peu de transactions, on se demande vraiment comment sont financés les stocks.

Et je comprends de mieux en mieux pourquoi dans certains magasins, l’étrangère « à devises » que je représente est si bien accueillie en entrant, et si mal saluée quand je repars sans rien acheter.

Voilà un thème qui reviendra souvent j’imagine dans les débats électoraux qui vont avoir lieu avant que les coréens ne choisissent leur nouveau président. Les photos des candidats tapissent les murs depuis hier. Une bonne douzaine, et pas une femme. Celles-ci se désintéresseraient elles de ce domaine qui flirte pas mal avec la corruption d’après ce que nous avons compris ?

A suivre…

Calme et brunch au grand Hyatt

10 décembre 2007

Une heure 30 d’examen final trimestriel. J’en sors la tête en feu et les pieds glacés, le chauffage de la fac laisse vraiment à désirer.

Enfin, c’est terminé. Ouf ! Jusqu’en janvier c’est les vacances. Cela tombe bien car les préparatifs du départ en France et de l’anniversaire de Chris commençaient à me distraire un peu trop du coréen.

J’essaie de me réchauffer à la cafét. Avec un kimbap (riz fourré aux légumes et entouré d’algues) froid mais très bon et une thé citron. Mais les courants d’air continuent à me transpercer et mes voisines me donnent des frissons en dégustant des esquimaux.

Je commence à comprendre pourquoi les gens se chauffent autant chez eux…

Des petits enfants à la table en face me dévisagent , totalement interloqués !

Malgré le froid, l’ambiance dans les rues reste toujours aussi animée. Avec l’hiver les marchands ambulants de nourriture chaude se multiplient : marrons chauds, beignets, brochettes, soupes de toutes les couleurs…

Il y a de quoi faire un vrai repas tout en flânant sur les marchés. Et si on veut vraiment faire une pause, il y a toujours un tabouret libre à côté du marchand (ou le plus souvent une marchande d’un certain âge), coiffé par une cloche en plastique censée protéger du froid !

Et les odeurs…toujours très relevées , pour éveiller nos papilles engourdies et chatouiller nos estomacs. Oui, l’ambiance de la rue, même par moins 5° reste chaleureuse, bruyante et … odorante.

Nous lui avons quand même préféré une autre atmosphère pour notre brunch d’anniversaire (de Christophe !) hier matin dimanche. Celle du grand Hyatt, hôtel préféré de Chris pendant ses voyages précédents à Séoul.

Depuis son immense salon, on contemple une des plus belles vues de la ville. La colline de Namsan dégringole jusqu’au fleuve Han qu’on aperçoit à travers les maisons en cascade du vieux quartier d’Itaewon. Nous sommes au centre de Séoul, sur la montagne au cœur de la ville (san = montagne). On peut s’y promener en pleine nature et grimper jusqu’à la Séoul Tower, sorte d’immense antenne et fierté nationale perchée en haut de la colline.

Les photos les plus célèbres de Séoul montrent la « Tower » brillant de tous ses feux au centre de la masse sombre de la forêt.

C’est dans ce lieu calme et luxueux que nous passons ce dimanche matin autour d’un copieux brunch. Quelques hommes d’affaire sirotent une bière en consultant leurs mels, et nous nous détendons dans les confortables fauteuils en devisant sur ce premier trimestre écoulé.

Le soleil entre à flots par la grande baie vitrée. Moment de respiration familiale bien apprécié par tous où nous rejoignons Jérémie par la pensée.

La fin des cours, c’est du temps libre et la perspective de partir bientôt en France. C’est aussi un peu de nostalgie à l’idée de quitter notre charmante seunsengnim (=professeur). Elle a su nous stimuler et nous donner envie d’apprendre sa langue. Sa méthode ultra scolaire nous a faits beaucoup travailler mais mesuré aussi nos progrès chaque semaine. Tous nous avons adhéré au rythme des dictées tri-hebdomadaires et aux cours récités au tableau ! Des jubu (mères de famille) japonaises aux étudiants américains nous nous sommes entraînés à la conversation avec nos accents irrésistibles, nos fautes récurrentes et nos fous rires. J’admire sa patience et sa pédagogie, et aussi sa gentillesse dissimulée derrière ce qu’il faut d’austérité et de réserve aux profs d’ici.

Le métro ralentit. Cela me donne plus de temps pour découvrir la ville sur ce nouveau trajet. Sous le ciel d’hiver, gris et bas, les bâtiments paraissent plus tristes et sales que d’habitude. Depuis le métro surélevé on voit plutôt le mauvais côté de la ville. Toits défoncés des stations services ; arrières cours encombrés de ferrailles ; vitres poussiéreuses et ternes. Quartiers bric à brac sans harmonie pour diriger le regard.

Décidément, ce sont les perspectives qui font la beauté d eSéoul. A échelle humaine, le cachet vient du mouvement, des enseignes colorées, des fils électriques enchevêtrés et des marchandises en pagailles sur les comptoirs. Quand on a goûté à la chaleur d’un restau de rue, la devanture criarde avec ses photos « zoomées » sur les plats proposés à l’intérieur devient presque attirante.

Et les galeries marchandes d’Express Bus, grouillantes jusqu’à 21h, le marché aux fleurs où l’on se perd dans les allées débordantes de fleurs artificielles, de verroterie et d’accessoires incroyables, de rubans, papiers, faux rochers en plastique et tout ce qu’il faut pour transformer une maison en caverne d’Ali Baba ou château féérique, c’est selon votre goût, en moins d’une heure.

Pour un voyage aux pays des sens, direction Séoul !

vendredi 7 décembre 2007

Des fraises et des orages en hiver,

Nouvelle découverte surprenante : depuis une semaine sur les étals des fruitiers, les fraises sont arrivées! Elles sont douces et sucrées, charnues, rouge vif à l’extérieur et blanche à l’intérieur. Dans la bouche, elles fondent aussi vite que des fraises tagada…et disparaissent de la table en un clin d’œil. D’où viennent-elles, tandis qu’il fait -5° dans les champs ? Encore un mystère qu’il nous faudra éclaircir. … Et qui dure jusqu’en février paraît-il !

D’ici là, elles remplaceront avantageusement les poires, merveilleuses mais décidément trop chères, les clémentines douceâtres auxquelles on ne se fait toujours pas, les pommes juteuses et sucrées mais très chères également et de plus en plus rares.

Les tables coréennes offrent rarement des desserts mais les fruits sont très appréciés, et toujours de très bonne qualité.

Comme tous les mets ici, ce que l’on vous sert doit être « bon pour la santé » avant d’être « bon » tout court. D’où cet engouement pour les fruits, en dépit de leur coût. Celui de saison par excellence est le kaki, que je confonds souvent avec des tomates à cause de son apparence ! Nous en consommons très peu car il est difficile à digérer, mais nous avons fait honneur à celui que j’ai trouvé un matin sous un petit arbre de notre jardin. Mes amies coréennes m’ont aussi fait goûter des compotes et des décoctions délicieuses à base de kaki.

Cette arrivée des fraises est une des surprises de ce début d’hiver, et non des moindres, mais il y en a d’autres que j’aimerais aussi vous faire découvrir.

Comme ces ciels au-dessus de Séoul. Depuis quelques jours, bleu vif, accompagnés de cette lumière crue des stations de sports d’hiver. C’était tout à fait l’ambiance l’autre jour sur le campus couvert de neige, avec ses arbres dénudés et ses étudiants en doudounes, alors qu’il y a 15 jours on était encore en veste légère. Depuis qu’il n’ya plus de feuilles, Séoul se révèle à nos yeux : depuis les rues tapissées d’enseignes de toutes les couleurs jusqu’aux montagnes qui dessinent les contours de la ville.

Le site naturel de la capitale est très beau et rattrape largement à mes yeux l’anarchie architecturale de la reconstruction.

Depuis quelques années, et avec des perspectives de vie en paix maintenant assurées, les autorités séoulites reconsidèrent le développement urbain en terme de qualité de vie et d’harmonie entre la ville et la nature. Certains quartiers sont peu à peu rénovés en ce sens comme celui de…

Et puis l’hiver, c’est aussi la vie à l’intérieur, dans les maisons, ou plutôt les appartements (« appateux »), très chaleureux, grâce à leur organisation ouverte autour de la salle de séjour.

On s’y retrouve facilement en famille ou entre amis. Le repas se prend autour de la table basse, assis par terre. J’ai la chance de partager ainsi des moments familiaux chez mes amies de Daegou, avec leurs enfants, mais le plus souvent sans leurs maris, retenus pour raisons professionnelles. Je comprends petit à petit qu’il s’agit plutôt de sorties entre collègues, très bien arrosées en général.

Cela fait partie des traits culturels qui nous choquent le plus, mais qu’on ne peut rejeter en bloc si l’on veut comprendre la Corée. Nous y reviendrons donc.

A l’heure du déjeuner, on se retrouve plus facilement au restaurant, où les femmes vont très souvent « entre amies ». Moment douillet aussi, où l’on commence par s’asseoir par terre, sur des coussins moelleux, tiédis par le ondol (système de chauffage au sol typique ici).

Pendant qu’on oublie peu à peu le froid de l’extérieur et que les pieds (déchaussés) dégèlent, la table se couvre petit à petit d’une multitude de plats variés, fumants, de couleurs et odeurs appétissantes. La dominante est le rouge que j’évite soigneusement, car il signifie « feu » assuré dans la bouche. Autour d’un ou deux plats principaux, à base de viandes ou de fruits de mer, il y a l’incontournable kimchi, choux fermenté pimenté, dont je vous reparlerai pus longuement (c’est un sujet très sérieux ici, surtout en cette période de fabrication annuelle !), un bol de riz pour chacun, accompagné souvent d’une soupe, et toutes sortes de mets pour colorer et parfumer le riz : minuscules poissons séchés, radis au vinaigre, algues, piment frais, légumes,etc…

L’ambiance des repas est toujours très gaie, et parfois bruyante. Les coréens sont très expansifs et cela se ressent souvent dans les lieux publics ! Dans les restaurants, on a beau être chacun dans sa petite salle, fermée par des portes coulissantes, on participe souvent à la conversation animée des voisines ! Et dans le train, si 4 amies ont obtenu le « salon » central, l’ambiance est garantie dans tout le wagon !

Oh, mais me voici arrivée à Séoul station ! Dans une heure, avec un peu de chance, je serai à la maison, après avoir traversé 10 kms de ville totalement bouchée. Heureusement qu’avec mes débuts de coréen je peux faire un peu la conversation avec les chauffeurs de taxi…

A nyeong ha seyo !!!