mardi 11 novembre 2008

Temple Stay ou les 108 salutations à 4h du mat'


C'est en enfilant la tenue de rigueur : pantalon bouffant gris, tee-shirt et gilet gris, que nous nous sommes vraiment sentis dans l'ambiance... Deux jours au rythme de la vie d'un temple bouddhiste pour en goûter l'essentiel, tel était le programme de ce week end de novembre, parfaitement orchestré par Myung Suk.
Sur l'île de Gwangwa-Do, à 2 pas de la Corée du nord, ...

Levés à 3h30 du matin, nous marchons dans la nuit jusqu'au temple, en suivant des lanternes colorées, comme des lunes pastel.
Nous nous éveillons peu à peu sous un plafond de lotus roses et dans une odeur d'encens. La voix des moines, le rythme de la percussion et le mouvement des salutations nous font réellement passer du sommeil à un éveil propice à la méditation qui suit.


Jamais je n'aurais cru tenir avec l'esprit aussi clair, sans bouger, pendant 30 mns à 5 heures du matin, sans avoir ni dormi assez, ni pris de petit déjeuner!
La promenade puis le repas "reconstituant" (kimchi oblige!) servi à 6h mettent tout le monde en forme pour la longue journée qui va suivre. Elle se terminera pour moi à 23h30, en pleine forme !

Expérience physique donc, mais aussi mentale par l'entraînement à la méditation. En l'occurence, il s'agissait de faire le vide dans son esprit, pour "dompter le singe qui n'arrête pas de sauter dans notre tête". J'aime cette image qui illustre ce que Vittoz appelle le "vagabondage cérébral", et qu'il nous propose de contrôler, non par le vide mais par la réceptivité à partir des 5 sens.


Ce qui m'a frappée, c'est l'équilibre des rythmes proposés : prière, avec le corps puisque l'on chante et salue, méditation, marche, repas. Une alternance bien pensée pour entraîner et unifier le corps et l'esprit. Cette vie semble bien convenir à ces moines accueillants, dont le visage, comme tous ceux de leurs "confrères" rencontrés dans nos voyages, parait pétri d'un mélange ineffable de sagesse et de bonté.

J'aime aussi la configuration du temple bouddhiste en Corée. Non pas un espace clos, ceint de murs protecteurs, mais un ensemble de bâtiments répartis dans la nature (la montagne généralement), complètement ouverts sur l'extérieur. Chacun, laïc ou moine, pratiquant ou non peux y entrer à sa guise. Ici, l'espace le plus sacré est bien l'homme, non le lieu.

samedi 18 octobre 2008

Fluidité


Le hangeul (encore lui) me donne des frissons. La calligraphie coréenne est un chef d'oeuvre d'harmonie, une géométrie douce: horizontales, verticales et rondes, organisées en carrées (1 carré pour une syllabe) avec de l'espace pour reposer l'oeil.

Dans mon apprentissage du coréen, c'est la vue qui fut sollicitée la première. Réceptivité visuelle, accueil des formes, des courbes, des agencements faussement sages, depuis la notice administrative, en passant par la publicité dans le métro et les poésies calligraphiées, comme celle de cette peintre et poète coréenne qui a représenté et décrit la Normandie avec ces 2 arts sacrés : peinture et calligraphie.

Hier, visite d'une exposition de femmes calligraphes, avec mon amie Hee Sun, elle-même calligraphe. Elle m'apprend les différentes formes d'écriture, de la plus "droite" comme nos caractères d'imprimerie, à la plus "fluide" pour l'écriture cursive.

A chaque fois, c'est toujours une émotion, une sensation de plénitude, de perfection comme celle que l'on ressent parfois en écoutant Bach. Une simplicité qui exprime le désir d'unité et de beauté de l'âme humaine.
En contemplant ces oeuvres, j'imagine les deux maîtres, Bach et le roi Sejong, se retrouvant au ciel et partageant sans fin leur passion pour ces merveilles de beauté et d'intelligence qu'ils ont chacun légué à l'humanité...

Hangeul (suite)


Superbement ignoré par les lettrés, le hangeul a mis du temps à s'imposer comme langue officielle. Ce n'est par exemple qu'en 1896 que le premier journal en hangeul fut imprimé.
Les savants pensaient d'ailleurs que cette langue inventée de toute pièce ne "tiendrait" pas face aux hanjis chinois, autrement plus solides. C'était sans compter la soif d'apprendre des femmes et du peuple, qui n'avaient pas accès aussi facilement au savoir.
Aujourd'hui, le hangeul manifeste son dynamisme dans sa capacité à absorber des mots nouveaux, à se moderniser sans cesse, et à inspirer les artistes.
La richesse du vocabulaire coréen est étonnante, mais beaucoup de mots récents viennent de l'anglais, ouverture oblige.
Certains le prédisent menacé d'américanisation. Récemment, une émission de télé culturelle a échoué dans son pari de ne parler qu'en hangeul traditionnel, évitant tout mot importé. L'échange est tout simplement devenu impossible.
Alors, en perte d'identité le hangeul, ou parfaitement adaptable au monde moderne ?
Les experts trancheront. En attendant je me régale de certains anglicismes, ou gallicismes (?), particulièrement savoureux: tel le toul dou bieng, pour désigner la boutique de vin de notre quartier. Mais mon préféré, mi anglais mi français, reste le kopi ollé, une boisson bien de chez nous partout dans le monde.